Le village de Lavanono est situé en bord de mer sur une plaine côtière étroite positionnée au dessous du plateau karstique du Karimbola.

 

La population du village

Il y a environ 1.000 habitants, et une quinzaine de familles monoparentales féminines. La population adulte est généralement jeune et la moyenne d'enfants par famille n’est que de 2,8. Les jeunes couples étant relativement plus « prudents ».
Les pratiques religieuses sont réparties entre l’animisme (toujours sous-jacent), le catholicisme et le protestantisme. Les métiers exercés sont principalement l'élevage et la pêche. Les autres familles vivent de commerce et de « petits boulots » Ils ont 1 à 2 euros en moyenne pour vivre par jour, mais pas tous... Leur alimentation quotidienne reste basée sur le riz, le manioc et le poisson.
Leurs habitations sont construites en bois et recouvertes de feuilles de sisal ou de tôles, chaque famille a une “case” et ces cases sont regroupées en clans familiaux. L'équipement des maisons reste très sommaire avec peu ou pas de mobilier et des nattes sur le sol. La cuisine reste extérieure à la maison et est faite au feu de bois (en foyers ouverts)
La défécation se fait à l’air libre ou dans la mer.

 

 


Le fonctionnement du village et ses difficultés
De par ses potentialités de pêche, le village de Lavanono draine quotidiennement des populations des villages alentours et même de ceux situés au dessus de la falaise. Ce sont des pêcheurs occasionnels ou des paysans-marchands (cannes-à- sucre, manioc et patates douces) venus des zones de production ou des marchands de frippes.
Nous avons immédiatement fait le constat de la présence de deux « castes » d’actifs masculins à Lavanono : les pêcheurs (patrons et employés) et les autres. Ces autres sont soit les maitres des écoles, soit vivotent de petits boulots : pêche au bord avec ligne ou filet, chasse à la langouste en apnée, élevage caprin (en liberté), travail dans l’une des 3 structures hôtelières. Les petits commerces (épicerie) sont souvent tenus et gérés par des femmes « indépendantes ». Il existe deux charpentier-menuisiers à Lavanono, Monsieur Manjomana et Monsieur Meza.
Les travaux agricoles sont quasi insignifiants sur cette plaine aride (ou ne poussent plus que quelques pastèques locales et du cactus « Raketa Mena »), et sont principalement assumés par les femmes.
Les enfants et les adolescents sont souvent prêts à tout pour gagner un peu d’argent ou de quoi manger… La récolte des figues-de-barbarie (fruits des cactus-raquette Opuntia sp.) est une des activités généralement réservées aux enfants. De même les enfants sont chargés de garder les maigres troupeaux de chèvres ou de moutons. Souvent ils parcourent le platier à marée basse à la recherche de coquillages et de poulpes (surtout la nuit).

Le village de Lavanono représente 2 « quartiers administratifs » de la commune de Tranovaho. Chaque « quartier » est administré par un « Chef de Quartier » : Il y a Monsieur TSINIDEHAE Jean-de- Dieu   dont le quartier (au recensement de juillet 2017) compte 702 âmes réparties en 200 familles, et Monsieur MANOLISOA Josèph,, président de l'Association des Pêcheurs.

Il existe également un « Conseil des Anciens » prenant en charge tous les aspects juridiques de la vie sociale du village (on appelle cela le « Dina » et c’est une généralité dans les campagnes malgaches où les services de l’état ne sont pas présents) : Toute activité « extérieure » (comme des recherches scientifiques) doit être soumise à l’approbation du Conseil des Anciens et parfois du « chamane » local (appelé ici Ombiasy (phon. Oumbi’ach’).


Les équipements du village
Il existe une Ecole Primaire Publique (EPP) dont nous ne connaissons pas exactement les effectifs réels, et une Ecole Privée Catholique (gérée par le Diocèse de Beloha (chef-lieu de District)) comptant 73 élèves (rentrée scolaire 2017)
Il y a une église catholique et un temple protestant. Il y a 2 épiceries « assez bien » achalandées et une dizaine de petites cabanes proposant café, beignets et quelques articles variés allant du tabac au paracétamol.

Chaque dimanche a lieu le grand marché de Soamanitra (Soamanitse) à 15 km de Lavanono sur le haut de la falaise.

La place principale (avec la bâtisse de l’Association des Pêcheurs) est le lieu de rassemblement avec l’accès à la plage où les pirogues-à- balancier viennent débarquer leur pêche. La borne fontaine publique (gérée par le gardien de l’Agence de l’Eau du Sud) est également fréquentée durant la saison des pluies.

 

   


Les fêtes pratiquées, les us et coutumes
Chaque moment de la vie, de la naissance à la mort, donne lieu – dans la mesure des possibilités financières de chacun – à des cérémonies. Nous aurons l’occasion de développer ultérieurement cet aspect culturel des Antandroy. (Réf. Mariage et Deuil dans l’extrême Sud de Madagascar par Georges Heurteubize)

 

Conditions de vie des habitants

Sous la plaine côtière aux environs de Lavanono il n’existe pas de nappe phréatique (connue) malgré les recherches qui ont pu avoir lieu dans les années 1950. Seules les pluies peuvent fournir quelques litres d’eau, recueillie par de vieux impluviums, dans des citernes dont l’étanchéité est très erratique. Depuis 1999 un "pipeline" (un aquifère) créé par la coopération Japonaise parcours le plateau Karimbola (du fleuve Menarandra au fleuve Manambovo en passant par Beloha et Tsihombe) Depuis quelques années (2004) - grâce à un fond Japonais et au travail des habitants conjointement avec Jean-Jacques Arnouil dit « Gigi Lavanono» ce "pipeline" a pu être prolongé vers Lavanono. L’Agence de l’Eau du Sud (AES) gère un réseau d’adduction (et de stations de distribution fontaine) alimenté par des motopompes depuis les fleuves (temporaires) voisins.

Malheureusement ces puisages, même souterrains, ne sont opérationnels qu’environ 6 mois par an et de façon épisodique (2 à 3 fois par mois) durant les 6 autres mois (par défaut d’énergie ou défaillance mécanique).
On assiste alors, en période de sécheresse, à une inflation sur le prix de l’eau, inflation générée par les possesseurs de citernes. Le prix du seau de 10 litres peut alors passer de 200 Ariary (6 cents) à 800 Ariary (23 cents) ce qui représente un prix du m3 de 22,85 €.

 

         

Dans ces conditions, il est difficile à une population aux conditions de vie précaires de consacrer l’eau (RANO) à autre chose que l’alimentation et à la cuisson. L’agriculture irriguée est impossible et les élevages (bovins, ovins, caprins et volailles) sont très compromis…


Une agriculture menacée
Au cœur du Grand Sud de Madagascar, l’Androy est une des régions les plus difficiles pour l’agriculture à cause notamment de la faible pluviométrie (250 à rarement 600 mm par an) et à sa mauvaise distribution. S’ajoute à cela L’érosion éolienne, source de dégradation énorme des sols et les attaques importantes d’insectes sur les principales cultures vivrières (Chilo patellus ou foreur de tige sur le sorgho, chenilles des gousses des légumineuses, chenilles de la patate douce etc..). Les sols sont peu fertiles et les ressources en eau sont faibles.

 

       


Une malnutrition alarmante
L’enclavement ainsi que les pratiques agricoles et alimentaires « ancestrales » conduisent à des déficits alimentaires fréquents, ainsi qu’à des carences alimentaires en particulier chez les jeunes enfants. Cette région se caractérise aussi par une structuration sociale clanique contraignante basée essentiellement sur ’élevage et la pêche en mer pour les populations côtières.

La situation nutritionnelle des enfants de cette région est très précaire et structurellement fragile : 50 % des enfants de moins de 5 ans présentent un retard de croissance, 42 % des enfants souffrent d’insuffisance pondérale, 13 % souffrent de malnutrition aiguë, 50 % souffrent d’anémie ferriprive et 42 % des enfants de moins de 6 ans présentent des signes sub-cliniques de carence en vitamine A. Bien d’autres statistiques sont disponibles auprès de l’UNICEF et d’autres organisations internationales opérant sur place (CARE, CSF, USAID, etc.) Nous y avons noté de graves déficits alimentaires ainsi que des retards de croissance, des désordres mentaux, tant sur les enfants que sur certains adultes.

 

 

 

Une quasi absence d'hygiène

Lié au manque d'eau, la situation sanitaire des villageois est particulièrement précaire, malgré les efforts consentis et en cours par les autorités locales et les ONG comme UNICEF et son programme « WA.S.H. » (Eau, Assainissement, Hygiène).